Israël, un pays aux multiples visages – Partie 1

Conseil d’écoute pour cet article : Reckoning Song – Asaf Avidan

 

Disclaimer :

Israël est un sujet sensible pour beaucoup, pour des raisons tout à fait entendables. Cet article n’a pas pour but de prendre partie sur la situation Israëlo-Palestinienne ou sur le sionisme en général. Le hasard a fait que ce pays s’est retrouvé dans la liste de mes pays visités, et le contenu ci-dessous n’est rien de plus qu’un compte rendu de voyage et visites.

Lorsque je traite des différences entre la vie sur place et celle dans les médias, je ne m’exprime que du point de vue « sécurité du voyageur » et ne prends en aucun cas parti sur les enjeux politiques de la région.

Sachant que visiter Israël est sujet à controverse, je tiens à souligner que l’éthique en voyage est un sujet assez complexe, propre aux sensibilités de chacun et surtout, à l’image donnée par nos médias des enjeux de chaque région. J’ai donc pris le parti de me faire systématiquement ma propre idée sur le terrain. 

Cet article est rédigé par Mélina suite à ses déplacements professionnels.

 

La Préparation

Dans le cadre de mon nouvel emploi, je suis amenée à voyager vers des destinations diverses. J’ai donc été mise au courant il y a un mois que je devais me rendre à Be’er Sheeva, en Israël, pour une formation technique dans le cadre de mon activité. J’avoue ne pas avoir trop hésité avant d’accepter. C’était l’occasion pour moi de découvrir un pays que je n’avais jusqu’alors jamais vu, que demander de plus ?

J’achète donc mes billets d’avion environ deux semaines avant la date du départ. L’aller/retour Air France sur des horaires arrangeantes me coûte 450€ d’avance. Je ne me suis pas orientée vers du Low Cost, mais certains tarifs sont clairement accessibles, pour peu de s’y prendre plus en avance que moi. L’hôtel et les taxis aéroport sont directement réservés par l’entreprise.

Le départ est fixé au samedi soir pour un vol de 5h de nuit : en Israël, on ne travaille pas le vendredi, mais le dimanche, si ! La première matinée de boulot s’annonce déjà difficile. Mais, après tous ces voyages de fauchés au Canada ou en Europe, je peux survivre à ça !

A une semaine du décollage, je reçois une lettre d’invitation, ayant pour but de faciliter le passage de la frontière Israëlienne. On me recommande également d’arriver avec au minimum 3h d’avance pour prendre le vol à Paris : les passages de sécurité prennent plus de temps que pour un circuit classique. Je m’exécute donc le soir du départ.

L’embarquement en avion et le passage de frontière

20h30. J’arrive au terminal 2E de Paris Charles de Gaulle. N’ayant pas fait de check-in en ligne, je me rends au guichet dédié Air France, où je suis arrêtée par un premier poste de contrôle. On me pose de nombreuses questions, sur ma famille, mon frère ou encore qui a fait mes bagages. Cela ne ressemble pas pour autant à un interrogatoire, mais plus à une procédure presque rébarbartive pour la personne qui m’interroge. Une fois cette barrière passée et mon boarding pass imprimé, je me rends à la Gate en passant la sécurité.

Un collègue de travail me rejoint : celui-ci a raté le vol précédent car il n’avait pas assez anticipé la durée de la première barrière de sécurité et n’a pas pu check-in à temps. C’est bon à savoir pour la prochaine fois. Après 1h d’attente option binge-watch de Netflix dans le hall d’aéroport, nous embarquons dans l’avion.

Dès le premier abord, c’est la déception. Air France ne cherche absolument pas à mettre les petits plats dans le grands pour cette destination qu’ils remplissent quoi qu’il arrive sans pour autant être prisée des world traveler. L’avion bas de gamme est encore moins confortable que ceux dédiés aux vols internes à la France. Deux rangées de trois sièges super serrés, une tablette, point. Avec mon billet, je n’ai pas le droit à un bagage en soute. Je me fiche de voyager confortablement, nous l’avons prouvé plusieurs fois avec les caribous. Par contre, payer 100 à 200 euros de plus qu’un vol low cost pour un service égal ne m’emballe pas. Je note que, la prochaine fois, je préfèrerais Turkish Airlines, bien moins cher.

Après 5h, me voici arrivée à Tel’Aviv. Il y a une heure de décalage horaire avec la France, une heure de plus. Je passe étrangement la frontière très vite, sans même avoir besoin de montrer ma lettre d’invitation. A l’inverse, mon collègue, d’origine Marocaine, gagne le droit à 1h30 d’interrogatoire. J’apprendrais plus tard que certains ont eu le droit à une fouille intégrale des bagages. Le choix des personnes se fait par l’origine, les visas du passeport (pays musulmans notamment) ou encore au délit de faciès. Nous sortons de l’aéroport à 6h30 heure locale.

Bon à savoir, les passeports ne sont plus tamponnés par la douane israëlienne compte tenu du climat politique, afin de ne pas vous handicaper dans vos prochains voyages. C’est donc un visa sur papier libre qui vous est distribué.

Un taxi nous attend. Il parle français, c’est agréable. 1h20 de route nous sépare de Be’er Sheeva. La route longe un désert « à l’abandon ». Point de paysage de carte postale, juste du sable et de la sécheresse à perte de vue. Le soleil se lève à l’horizon, balayant de reflet rougeâtre ce décors aride. Nous finissons par arriver à notre logement vers 8h.

Be’er Sheeva, premier contact

Israël
Beer-Sheva

La ville ne dispose que d’un seul hôtel. Malheureusement, celui-ci était plein au moment d’effectuer la réservation pour notre séjour et nous siégeons donc dans des appartements hôtels en bordure de la ville. Personne ne parle anglais ni français. Les gens nous regardent beaucoup. Le sentiment est étrange. De toute façon, nous n’avons pas le temps de nous attarder, le taxi vient nous chercher dans 45mn pour nous emmener au boulot. Juste le temps pour une douche.

Israël
Israël – Premier contact

A la sortie de la journée de travail, nous prenons un taxi pour retourner à l’hôtel. Les prix sont très accessibles, 35 ILS pour 20mn de trajet, soit environ 8€. Divisé par quatre, le taxi devient très vite rentable. Crevés, nous voulons manger vite et partons donc à la découverte des alentours de l’hébergement. Le quartier ressemble presque à un ghetto et n’a rien de rassurant. Des groupuscules de personnes, etc… Pas l’Israël chaleureuse dont on m’avait parlé. Néanmoins, la première impression passée, les personnes semblent s’ouvrir et nous aident à trouver un distributeur et un endroit où manger. Même sans l’anglais, le langage des signes nous permet d’acheter un Kébab, des falafels, des frites et deux salades pour 32 ILS, soit 7€50. C’est très copieux, nous ne finissons pas le plat. Plusieurs militaires armés entrent dans le Kébab pour commander. On voit très clairement que leurs mitraillettes ont servi. C’est vrai qu’en France, nous ne sommes pas habitués à voir autant de gens armés au quotidien. Le temps passe et nous voulons aller dormir, nous partons. Certains passent acheter de l’eau minérale : ici, l’eau est potable au robinet, mais très chlorée, et certains préfèrent l’eau en bouteille.

Excursion de nuit à Jérusalem

 

Le lendemain, je prends le temps de prendre un petit déjeuner. C’est quelque chose de sacré en Israël : salade, féta, tomate, concombre, omelette, etc… C’est clairement copieux. C’est parti pour une nouvelle journée de boulot, mais, pour ce soir, nous avons un projet : nous souhaitons partir à Jérusalem. Nous bouquons un chauffeur privé taxi pour 1000ILS (250€) à diviser par les 4 personnes dans le taxi. Un collègue de travail Israëlien nous propose également de nous accompagner, ce qui nous permet de diviser finalement par 6. Le coût final sera d’environ 40€ par personne. Le train aurait été moins cher, mais, malheureusement, nos horaires de travail ne nous permettent pas beaucoup de flexibilité.

Après 1h20 de trajet, Jérusalem se dessine à l’horizon. Dépaysement complet, les buildings sortent de terre, le traffic est bondé. Le taxi nous dépose sur une immense rue commerçante en face d’un Zara. Des éclairages lumineux décorent les murs de cette rue piétonne. On se croirait revenus dans les rues shopping françaises les plus recherchées. Les marques défilent. Nous remontons la rue direction la vieille ville.

Israël
Arrivée dans la vieille ville de Jérusalem – Crédit Photo : Mélina

Nous entrons dans celle-ci par Jaffa Gate, proche de la tour de David. Il fait déjà nuit depuis plusieurs heures et la ville, d’ordinaire bondée, nous révèle ses secrets en privé. L’architecture est magnifique. On sent le poids de l’histoire.

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Tour de David – Crédit Photo : Mélina

Jérusalem est vraiment une ville multiculturelle, et nul besoin de voir ses habitants de jour pour s’en rendre compte : cela se voit à l’allure des bâtiments ou encore les inscriptions dans les rues. Nous commençons la visite par le quartier arménien. Nous sommes surpris d’y trouver des inscriptions en français. Le quartier semble chic et calme, et propose de très belles vues sur les remparts.

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Détails de construction – Crédit Photo : Mélina

Nos pas nous mènent ensuite au quartier juif. Clairement touristique, les restaurants « attrape passants » poussent comme des petits pains. Tout est très propre, des esplanades illuminées permettent de capturer l’étendue de la cité. Nous passons à côté d’artères souterraines autrefois marchandes.

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Anciennes artères marchandes – Crédit Photo : Mélina

Les constructions sont magnifiques, le décor hors du temps. Au loin se détache le dôme doré, surplombant le mur des lamentations. Le silence de la ville de nuit s’efface alors que nous approchons, pour laisser place au bruit des prières des pèlerins venus jusqu’ici voir les vestiges du temple de Salomon.

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Place Touristique – Crédit Photo : Mélina

 

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Vue sur Jérusalem – Crédit Photo : Mélina

Pour accéder au site, le « Western Wall », il nous faut passer un portique de sécurité. Compte tenu des tensions actuelles, rien d’étonnant. Habituée des lieux de cultes cérémonieux, je suis surprise de voir de nombreuses personnes prendre des photos ou des selfies face au mur. Etrangement, je ne me sens pas « de trop » dans ce lieu de culte, moi qui suit d’ordinaire peu à l’aise dans ce genre d’endroit du fait de mon athéisme.

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Western Wall – Crédit Photo : Mélina
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Western Wall – Crédit Photo : Mélina

Devant le mur, un côté est réservé aux hommes et l’autre aux femmes. Les agents de sécurité sont avenants et n’hésitent pas à nous expliquer les us et coutumes de cet endroit sacré.  A la vue de ce mur si symbolique, la première chose qui me passe par la tête est « Est-ce vraiment d’ici que vient tout ça ? Toutes ces guerres au travers du temps ? ». Le poids historique et religieux de l’endroit me fait frémir. Une croix de templier sur un bâtiment à ma gauche souligne cette sensation.

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Western Wall – Crédit Photo : Mélina

Nous finissons par quitter l’endroit pour nous aventurer dans le quartier arable. La plupart des petites échoppes sont fermées, mais pas toutes. Je tombe notamment sur un travailleur sur cuir proposant des sacs en cuir de chameau. A la recherche d’un sac à dos en cuir marron depuis un moment, je lui demande ses prix. 130€. C’est clairement au-dessus de mes moyens. Je pars. Le vendeur me rattrape. Je comprends donc qu’il s’agit de négocier. Je finis par repartir avec le sac sur les épaules pour une quarantaine d’euros. La présence d’un collègue parlant arabe et un autre hébreu a aidé.

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Quartier Arabe – Crédit Photo : Mélina

 

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Quartier Arabe – Crédit Photo : Mélina
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Hangar – Crédit Photo : Mélina

Nous traversons les petites rues jusqu’au St Sépulcre. Malheureusement, celui-ci est fermé et en travaux, mais nous voyons tout de même sa façade. Et c’est quelque chose. Je note dans un coin de ma tête qu’il me faudra à tout prix revenir un jour en Israël pour finir cette visite.

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Autour du Saint Sépulcre – Crédit Photo : Mélina
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Photo floue prise à la volée – Crédit Photo : Mélina

 

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Autour du Saint Sépulcre – Crédit Photo : Mélina

Il est déjà 22h30, il nous faut rentrer. Nous faisons en chemin quelques emplettes dans les quartiers arabes : souvenirs religieux ou écharpes en cachemire, il y en a pour tous les goûts. Mon sac me suffira.

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Via Dolorosa – Crédit Photo : Mélina

En chemin, nous passons par la Via Dolorosa. La bible dit que Jésus aurait remonté cette rue en portant la croix. A ce moment même, un homme déboule, avec une énorme croix sur l’épaule. L’incongruité de la situation nous sidère. Mais nous nous en souviendrons ! Notre collègue Israëlien nous explique que beaucoup de personnes déclenchent ce qu’ils appellent le syndrôme de Jésus à leur arrivée à Jérusalem. Ce serait, d’après lui, des personnes parfaitement saines d’esprit, qui deviendraient folles du jour au lendemain de par leur arrivée dans la ville sainte et se prendraient pour des messis de Dieu.

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Rencontre Incongrue – Crédit Photo : Mélina (téléphone)

Nous avons faim, et la plupart des restaurants sont fermés. Là où lors d’un voyage de fauchés, j’aurais emmené mes sandwichs (note : Nous avons tout de même fonctionné le midi en sandwich maison, c’est donc possible), le boulot ne m’a pas assez laissé le temps d’anticiper, et nous finissons dans un restaurant de falafel. Pour une douzaine d’euros chacun, nous mangeons une assiette complète (non un sandwich) très généreuse, du pain pita, un délicieux bagel fourré au fromage à partager et des gâteaux. Nos collègues étrangers rient sur le fait que les français avons une façon très particulière d’aborder la nourriture : un certain vin dans un certain verre, le besoin de commenter les saveurs. Il ne conçoit même pas que quelqu’un puisse parler du fait de manger. Le débat s’arrête une fois repus. Nous sortons, direction la voiture. Nous nous endormons sur le trajet retour.

 

 

 

 

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