ᐧᐋᒋᔮᐦ ! À l’aventure direction la Baie-James

Conseil d’écoute pour cet article : la bande originale Into the Wild

« Bonjour », c’est ce que veut dire ᐧᐋᒋᔮᐦ (prononcé waachiyaah).

Mais alors, vous devez sûrement vous demander :

  • Quelle est cette langue ?
  • Un roadtrip à la Baie-James ? C’est à 1400 km de Montréal !
  • Que trouve-t-on au Nord-Du-Québec ?

Nous aussi ! Et, comme d’habitude avec nous, il en faut peu pour qu’une simple question devienne un projet. Nous avions envie de découvrir la baie d’Hudson. Je vous laisse deviner la suite.

La préparation

Depuis plusieurs semaines, le désir d’aller le plus loin au Nord-du-Québec par la route devient de plus en plus fort. Cependant, ce voyage n’est pas semblable aux précédents. On nous a mis en garde : attention, vous ne trouverez pas de ville sur des centaines de kilomètres ! Soyez prudents, en cas de panne, ça vous coûtera très cher. Pensez-y, si vous avez un problème au beau milieu de nulle part, avec le froid, vous pourriez ne pas survivre, et il n’y aura pas de réseau mobile pour demander de l’aide. Êtes-vous stupides ? C’est bien trop loin pour le faire en un week-end…

Mais les caribous ne s’arrêtent pas aux premières difficultés ! Nous sommes conscients des risques : conditions météorologiques mauvaises, conduite sur route glissante et pas toujours asphaltée, danger de la fatigue au volant… pour ne citer que les principaux. Pour une fois, il va falloir être sûrs que notre préparation est au top :

  1. On surveille les conditions météorologiques. L’état de la route est régulièrement mis à jour sur le site de la Société de Développement de la Baie-James.
  2. On achète un bidon d’essence de 12 L (une autonomie d’environ 80 km) en cas de panne. Là-bas, les stations-service peuvent être distantes de plus de 300 km entre elles.
  3. On loue un véhicule sport (SUV moyen), pour pouvoir circuler aisément sur tout type de terrain. [NDLR La prochaine fois, on en prend un isolé aussi !]
  4. On prépare nourriture, eau, couvertures, beaucoup de couvertures et de vêtements chauds : -15 ° sont annoncés !

Tout cela n’est sûrement pas suffisant, mais nous voulons réellement faire ce voyage. Notre aventure au Nord. Notre grande épopée. La date est fixée. C’est décidé, sauf mauvaises conditions météorologiques, on y va !

De Montréal à la route de la Baie-James

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La Jeep — Crédit photo : Mélina

Vendredi en fin d’après-midi, après nos cours de la journée, nous sommes chauds. L’excitation est à son comble. David, Amélie et LaGoune se rendent au magasin de location de voiture. Les voilà dans la rue de l’appart avec… une Jeep ! Carrosserie démontable, toit ouvrant… on va pouvoir faire des photos de folie ! 30 min de photos plus tard, nous décollons. Le GPS est réglé sur la ville de Radisson, 1336 km, arrivée prévue pour le lendemain 10 h. LaGoune est au volant, Croutard, notre mascotte en peluche, est sur le tableau de bord, l’intégralité des couettes de l’appartement est dans le coffre, allez, plus que 15 h de route ! Deux heures plus tard, l’excitation est toujours là, bien que nous n’ayons toujours pas quitté Montréal à cause des bouchons.

Nous nous arrêtons à Walmart pour y acheter un bidon vide et 2 ou 3 provisions pour la route. La nuit tombe déjà. Notre feuille de route est rodée : nous sommes cinq, dont trois conducteurs. Nous faisons des binômes de conduite pendant que les autres dorment à l’arrière comme ils peuvent. L’idée est de toujours avoir deux personnes au moins réveillées. Les personnes qui n’ont sans permis ont un rôle aussi important que les conducteurs eux-mêmes, celui de les aider à affronter tous ces kilomètres. Nous n’avons pas d’endroit où dormir cette nuit, il faudra s’organiser. Nous ne pouvons par faire une réelle nuit dans la voiture à cause du froid. Car oui, une Jeep, c’est beau, mais niveau isolation, on a vu mieux. Nous sommes obligés de mettre des couettes le long des portières pour faire obstacle au froid. Le thermomètre de la voiture voit les degrés dégringoler, puis réaugmenter, mais avec un moins devant. La seule solution viable sera de faire des pauses de 1 h toutes les 2 h. Ainsi, le chauffage n’aura pas le temps de baisser suffisamment. Vers 23 h, nous faisons une dernière pause au Tim Hortons, où nous dévorons notre pique-nique au chaud et accompagné d’un chocolat. C’est le dernier que l’on verra avant bien longtemps….

À minuit, nous commençons les pauses de repos. Il fait tellement froid. Heureusement, nous sommes serrés les uns contre les autres. Nous redémarrons pour 2 h, puis recommençons. Quelle aventure décidément !

La route de la Baie-James

Voiture au lever du soleil

La voiture au lever du soleil — Crédit photo : LaGoune

5 h du matin, l’aube est rose. C’est magnifique. Tout est blanc autour de nous. Nous nous dégourdissons les jambes et faisons quelques photos. Nous n’avons presque pas dormi. Ça fait longtemps que nous n’avons pas croisé un village lorsque nous apercevons Matagami. Nous nous y arrêtons pour prendre un petit-déjeuner, histoire de nous réveiller, d’oublier les courbatures et la nuit inconfortable que nous venons de passer. Après avoir tourné en rond dans le village, nous trouvons un hôtel-restaurant qui propose un breakfast. Nous rentrons dans la salle où nous trouvons quelques personnes du coin. À notre allure, ils doivent sûrement se demander qu’est ce qu’un groupe de Français vient faire ici. Ce chocolat chaud fait tellement de bien… Mais il nous faut partir, la route est encore longue ! La route est en réalité une large piste de 600 km. Elle relie de bout en bout Matagami à Radisson et à mi-chemin la ville d’Eastmain sur le bord de la Baie-James. Nous avons prévu de les visiter toutes les deux. Au kilomètre trois cents soixante-quinze se situe l’unique station-service à ne pas louper !


Sur la route de la Baie-James

Sur la route de la Baie-James — Crédit photo : Mélina

Détour pour faire le plein, on en profite pour faire une photo du panneau. On est beaux tiens, avec nos cernes !

Régularité des stations sur la Baie-James

La régularité des stations sur la Baie-James — Crédit photo : Mélina

Kilomètre quatre : checkpoint. On donne notre nom et l’on prend une liste des lieux à voir tout au long de la route. Ça y est. Plus de retour en arrière possible.

Route de la Baie-James - km0

Route de la Baie-James – Kilomètre zéro — Crédit photo : Mélina

Kilomètre dix : la route devient plus ou moins goudronnée. Des camions Hydro-Québec nous dépassent à toute vitesse, ils sont chez eux. Nous croisons également beaucoup de belles voitures qui appartiennent aux propriétaires de ce territoire, à savoir le peuple Cri. On peut apercevoir quelques-unes de leurs maisons sur le bord de route.

Toundra dans la Baie-James

Le début de la toundra — Crédit photo : Mélina

Kilomètre 32 : la neige a pris le dessus sur la terre. Nous roulons au milieu de la route, les côtés sont glissants. Nous perdons le réseau.

Rivière Baie-James

Rivière — Crédit photo : LaGoune

Kilomètre 150 : nous nous arrêtons tous les 50 km pour faire des photos. Sauvage, c’est le mot. Ici, la nature n’appartient qu’à elle-même. Le gel a figé le peu de végétation existant si loin dans le nord.

Into The Wild Baie-James

Into the Wild — Crédit photo : LaGoune

Kilomètre 270 : Pause photo. On se sent comme dans « Into the Wild ». On l’immortalise. On ouvre le toit.

Paysages Baie-James

Paysage de la Baie-James — Crédit photo : LaGoune

Kilomètre 280 : on remet le toit. Qui a eu une si mauvaise idée? Pause Pringles. Il est déjà 14 h, on commence à avoir faim.

Au bout de la route de la Baie-James

Au bout de la route — Crédit photo : LaGoune

Kilomètre 351 : bifurcation pour Eastmain, ville sur la côte de la Baie-James. La route est encore plus étroite. Les cailloux volent. Le soleil baisse à l’horizon. Une centaine de kilomètres plus loin, nous y voici. Nous nous arrêtons le long de la baie pour manger.

Baie d'Hudson

La Baie-James — Crédit photo : Mélina

Au bout du monde - Baie-James

Vue sur l’océan — Crédit photo : LaGoune

Au bout de la Baie-James

Au bout du monde — Crédit photo : Mélina

Le soleil est très bas, il fera nuit d’ici peu. Nous sortons les provisions. La fatigue ravage. L’excitation du voyage s’est transformée en hystérie. Le Raspberry Pi, pseudo-ordinateur que nous avons accroché au pare-brise pour immortaliser notre voyage, se régale quand la préparation de guacamole tourne à la bataille de nourriture. Après un bon nettoyage et quelques wraps maison délicieux, la nuit est là, et il nous faut repartir vers Radisson.

La route fait peur. On n’y voit rien. Un caribou peut surgir à tout moment et ni coup de frein ni coup de volant ne sont permis, sous peine de sortie de route qui pourrait nous tuer. Nous roulons doucement et prudemment. Les camions nous dépassent à toute vitesse. L’un nous projette dessus un caillou qui casse le pare-brise. À mi-chemin, nous nous arrêtons sur le bas-côté pour remplir le réservoir avec le bidon. Celui-ci aura bel et bien été utile! Nous retrouvons enfin la «route» principale.

Kilomètre 381 : On fait le plein. Ouf. Nous voilà repartis. Nous guettons les aurores boréales, mais rien. Le ciel est couvert malheureusement. Nous voyons Radisson se dessiner au loin alors que la neige commence à tomber.

Kilomètre 620 : Nous atteignons Radisson, l’extrémité nord de la route de la Baie-James.

Radisson et les alentours

Radisson est une ville qui apparaît au milieu de nulle part, entre la taïga et la forêt. Les lacs et les cours d’eau sont partout.  C’est la ville la plus au Nord accessible en voiture. Elle semble figée. Il nous faut trouver un endroit pour dormir. L’unique motel de la ville est notre seul espoir. Il est de bon ton de le réserver si vous y allez en période de chasse. Une chambre pour deux suffira pour tout le monde, il faudra juste être discrets.

Radisson

La Ville de Radisson — Crédit photo : Mélina

Motel

Le Motel – Crédit Photo – Mélina

Il est 21 h. Nous sommes dans la chambre et nous nous relayons pour les douches. Mon Dieu que ça fait du bien ! La chaleur nous avait manqués. Le repas du soir, une salade de pâtes, a gelé. Nous utilisons le sèche-cheveux pour essayer de le rendre mangeable. Ça suffira. À 22 h, nous dormons comme des bébés, les réveils réglés sur 6 h.

Réveil

L’hôtel se réveille — Crédit photo : LaGoune

Radisson

Radisson se réveille — Crédit photo : LaGoune

7 h, Radisson se réveille. L’aube bleue illumine la neige. C’est si beau. Nous profitons de ce paysage et prenons une piste en direction de Chisasibi qui pourra nous mener au point le plus au nord du Québec accessible en voiture. Nous apercevons parfois, au détour de la route, d’immenses ouvrages hydroélectriques, défigurant un peu le paysage. Ce qui est marrant, c’est qu’Hydro-Québec, la société qui exploite ces barrages, a tout fait pour les rendre intéressants et bien intégrés à leur environnement. De multiples panneaux explicatifs sur la construction, l’environnement et le mode de fonctionnement du barrage jalonnent la rivière. Il existe même de grandes plateformes, points de vue, dans le fleuve pour admirer le barrage. Paradoxalement, on se demande si beaucoup de gens viennent ici pour admirer cette magnificence technologique. En tout cas, Hydro-Québec tente de nous le faire croire, ou peut-être de masquer des différends avec les autochtones.

Baie-James

Comme un air de bout du monde — Crédit photo : LaGoune

Barrage Baie-James

Vue depuis un barrage — Crédit photo : Mélina

Comme d’habitude, le trajet est rythmé par des pauses photo. Un magnifique renard roux qui se détache sur la neige nous fait jouer à cache-cache. Malheureusement, la fin de route est fermée. Nous faisons demi-tour et apercevons, au loin, quelque chose en plein milieu. Un caribou ! C’est l’hystérie dans la Jeep. On dégaine le téléobjectif et l’on se hisse sur les côtés de la voiture. On l’aura cette photo ! L’animal finit par s’enfuir.

caribou

Notre premier Caribou — Crédit photo : LaGoune

caribou

Notre premier caribou — Crédit photo : LaGoune

Sur le retour, nous lisons l’histoire du peuple Cri, victime de notre société, partagée entre ses coutumes et le monde tel qu’il est aujourd’hui. Le peuple Cri et ses maladies, sa souffrance, due à une adaptation forcée et trop rapide à nos coutumes. Des tipis sur le bord de la route sont le symbole de leur histoire. À l’inverse, les Range Rover garés devant illustrent l’impact de la société. Nous revenons à Radisson vers 11 h 30.

Blanc

Blanc sur blanc — Crédit photo : Mélina

Le peuple Cri et l’histoire de la région

Dans un petit magasin d’art indien de Radisson, nous rencontrons Mado. Elle nous raconte ce qui a profondément changé le peuple Cri cette dernière décennie. Ce n’est pas l’histoire que nous avons lue dans les guides. C’est celle que nous compte une femme qui vit là depuis 30 ans et en voit les conséquences au quotidien.

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Maison d’un Cri — Crédit photo : LaGoune

Le peuple Cri fait partie, comme les Inuits des premières nations, des premiers occupants du Québec. Avec le développement de la province, et le projet énergétique de la Baie-James avancé par Hydro-Québec, de profonds changements ont impacté les habitudes de ce peuple à l’origine plutôt nomade et vivant de cet immense territoire grâce à la pêche, la chasse et la culture.

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signalisation

Signalisation — Crédit photo : LaGoune

Après des années d’opposition, ils signent « la paix des braves ». Leurs terres sont alors divisées et de nombreux ouvrages hydroélectriques voient le jour dans la région. Ils font la rencontre avec des citadins venus travailler sur les barrages. À travers ce que dit Mado, on ressent que cette « invasion » n’a pas été facile à digérer. En trente ans, ils ont dû se sédentariser, leurs modes de vie ont changé du tout au tout, la société occidentale leur a apporté fast-foods, supermarchés, immeubles, etc. Pour eux, c’est tout un bouleversement culturel qui laisse des marques sur la génération présente.

Signalisation

Signalisation — Crédit photo : LaGoune

Ce bouleversement aura toutefois eu quelques avantages. C’est l’arrivée de la médecine qui est le point le plus important et permet maintenant de mettre fin à une mortalité infantile trop élevée par exemple.

Mado, elle, revend le fruit de leur artisanat. Elle est heureuse d’être là. Fière de sa petite boutique. C’est une personne que nous n’oublierons pas de si tôt. À 12 h 30, il nous faut vraiment prendre le chemin du retour. Nous avons cours le lendemain à 9 h 30. La nuit tombera vers 16 h 30, nous voulons profiter des derniers kilomètres au soleil.

Le retour

distance Baie-James

Distance de Montréal — Crédit photo : Mélina

Nous nous attardons. Rouler dans la neige est vraiment agréable et nous rencontrons plusieurs caribous. Nous perdons du temps, l’heure sur le GPS se décale de plus en plus. Le soleil baisse à l’horizon et nous n’avons pas fait 200 km. Il a neigé dans la nuit, la route est encore moins praticable. Mais qu’est-ce que c’est joli ! Le soleil perce au milieu des arbres, rasant la neige qui reflète ses tons orange.

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Troupeau de caribous — Crédit photo : Mélina

couché du soleil

Coucher du soleil sur la route — Crédit photo : Mélina

Couché du soleil

Coucher du soleil sur la route — Crédit photo : Mélina

Nous nous arrêtons à l’intersection faire le plein. Il fait déjà nuit depuis plusieurs heures. Un plat de pâtes froides fait office de repas de fortune. Il faut continuer. Nous essuyons une tempête de neige en Vérendrye. Le choc reçu sur le pare-brise s’aggrave. Nous marquons au scotch la fissure, qui s’agrandit à vue d’œil. Il fait tellement froid. Nous sommes obligés de mettre des couettes contre les parois de la voiture pour ne pas sentir la couche de glace. Rappelez-nous de ne plus jamais louer de Jeep pour aller vers le nord ! Des gouttes glacées tombent du toit. Il ne faut pas dormir. Nous ne pouvons pas nous arrêter, car il fait trop froid dans la voiture. Nous sentons sur ce retour le prix de notre épopée. Une fois La Vérendrye passée, nous retrouvons des Tim Hortons. Le fond de l’air se réchauffe, les -15 ° deviennent -10 °. La couche de gel sur le pare-brise disparaît.

dernières lumières

Dernières lumières du jour — Crédit photo : Mélina

Route de la Baie-James

L’heure du retour — Crédit photo : Mélina

8 h. Nous arrivons aux abords de Montréal. Pile à temps pour les embouteillages. Le soleil est revenu. Nous sommes crevés. Mais nous sommes heureux. Nous avons cours dans 1 h 30. Certains n’iront pas.

9 h. Darlington street. Nous sommes à la maison. Nous sommes épuisés. Mais nous sommes heureux. Quelle aventure ! Partir ainsi, trois jours, jusqu’au bout de la route. Le plus au nord accessible en voiture. Nous l’avons fait. Nous avons réussi.

voiture

L’état de la voiture au retour — Crédit photo : Mélina

Ce fut une expérience inoubliable et magnifique. Un seul point noir : nous n’avons pas assez fait attention aux petites lignes du contrat d’assurance. Nous n’étions pas couverts sur la Jeep. Notre voyage à 200 $ (environ 130 €) se transforme en voyage à 500 $ : il y a un pare-brise à réparer. Heureusement que ce n’est «que» ça. Retenez tout de même qu’il faut systématiquement checker tout votre administratif.

Je ne sais pas si cette aventure vous tente, mais sachez qu’il s’agit là de la plus compliquée : elle demande de la préparation, et ne doit pas être prise à la légère. Pour nous, ce fut l’une des plus belles et l’apogée d’une aventure incroyable entre amis. Décidément, nous en avons vécu des choses ensemble!

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